17 août 2017

Yannick van Hove, l'horloger du son

Erudit et amoureux du XVIe siècle, Yannick van Hove est facteur de clavecins à la Vallée de Joux (VD). Il remonte le temps pour réaliser des copies historiques.

Yannick van Hove
Yannick van Hove est féru de musiques anciennes.

A l’écoute du bois

Le regard azur et le sourire aussi frais qu’un son d’épinette. Yannick van Hove, 51 ans, a l’accueil bavard, surtout en matière de musiques anciennes. Normal, il est facteur de clavecins! Avec une infinie minutie, il réalise des copies historiques de l’instrument, ce qui l’amène à se déplacer parfois jusqu’en France ou en Allemagne.

«Pour chaque clavecin, je dois faire des plans. Je vais dans les musées, je prends des mesures quand c’est possible. Il faut surtout comprendre l’instrument, s’imprégner de l’époque, du lieu où il a été construit.» Cyprès ou encore peuplier, Yannick van Hove frappe chaque élément de bois avant de les assembler, pour «entendre s’il a envie de chanter et quelle sera la couleur du son.» On s’en doute: reproduire un clavecin est un travail d’horlogerie, qui peut prendre jusqu’à dix mois.

Un métier rare – une dizaine d’artisans en Suisse – et une passion née dès l’enfance. A 8 ans, il rêvait de violon. Pas pour en jouer, mais pour en fabriquer. «J’achetais des livres de luthier. En fait, j’adorais écouter les sons de la nature, et j’essayais de trouver la note pour les reproduire.» Aujourd’hui installé au Brassus (VD), dans une ancienne chapelle, la boucle est bouclée pour cet héritier d’une longue lignée de bâtisseurs d’églises. «Peut-être que c’est pour ça que j’ai aussi besoin de construire!»

Une journée avec Yannick van Hove

8h00 Dans la sciure«J’aime beaucoup cette étape de débitage du bois. Pas besoin de réfléchir, on suit les lignes de coupe et ça sent bon. Je dois davantage me concentrer quand je confectionne la table d’harmonie, qui est l’âme de l’instrument.»

10h00 Minutie«Pour la fabrication des sautereaux, pièces de l’instrument qui servent à pincer les cordes, j’utilise des poils de sanglier et des plumes d’oie sauvage pour le plectre. Le poil, je dois le choisir en fonction du diamètre et le tailler en forme conique, c’est un vrai travail de patience!»

12h00 Pique-nique fleuri«J’aime bien faire une pause au jardin, devant l’atelier, seul ou en compagnie. Un bon pain, un bon fromage et un verre de vin, c’est déjà gastronomique ! Le soir, j’apprécie de cuisiner à la maison. Ma dernière invention: des pâtes avec une sauce pimentée au whisky.»

14h00 L’oreille tendue«Je fais l’accordage pour les musiciens, juste avant les concerts. Pas besoin d’avoir l’oreille absolue, j’ai le «la» dans les dents grâce au diapason! Il y a tellement de façons d’accorder l’instrument, en fonction des partitions, que c’est un travail complexe et passionnant. Seul ce qui est facile m’ennuie.»

15h00 Balade végétale«La forêt du Risoux est exceptionnelle. La nature, c’est de la poésie et j’ai besoin de m’y absorber. J’en profite pour regarder les variétés de bois. Pour qu’un épicéa soit acoustique, il faut que son tronc soit bien droit, sans nœud et sans courbures qui coupent le son. Oui, j’aime les arbres, il m’arrive même de leur parler.»

17h00 Coup de pédale«Le vélo, c’est une invention humaine parfaite : ça ne pollue pas, ça ne fait pas de bruit et on doit pédaler pour voir le monde. Il m’arrive de faire de grands tours avec un ami sur les crêtes du Jura.»

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