8 août 2019

Une journée au zoo

Nous avons rencontré dans leurs coulisses l’éléphant bâlois «Heri», un couple de gypaètes barbus vaudois et «Maisy», une femelle koala zurichoise. Ils se trouvent tous dans quelques-uns des plus beaux zoos de Suisse.

«Heri» est un des quatre éléphants d’Afrique du zoo de Bâle. Afin de lui laisser l’espace dont elle a naturellement besoin, son soigneur Thomas Ruby ne s’en approche pas trop, mis à part lorsqu’il est l’heure de son entraînement.

Une vie de pachyderme

À l’aide de sa trompe, Heri saisit rapidement des morceaux de pain qu’elle fourre dans sa bouche, tout en étendant sa patte gauche à travers un trou dans les barreaux. C’est l’heure de sa pédicure. Le soigneur Thomas Ruby passe délicatement la main sur la plante du pied de l’éléphante de 43 ans pour vérifier qu’aucune pierre ni morceau de bois n’y est coincé. Tout a l’air d’aller. Cette coquetterie fait partie d’un rituel important. Deux à trois fois par semaine, les soigneurs pratiquent avec les quatre éléphants d’Afrique, les femelles Heri, Rosy et Maya, ainsi que le mâle Jack, la méthode d’entraînement dite au clicker. Hommes et animaux sont séparés par une grille. Thomas Ruby, deux tiges de bambou en main, donne des instructions à Heri. Si elle les suit, notre guide émet un bruit avec la tige de bambou et gratifie le pachyderme d’une récompense: les morceaux de pain, dont elle se délectait à l’instant.

Préparation en douceur

«Nous effectuons cet ­entraînement pour garder un contact avec les éléphants, explique Thomas Ruby. Lorsqu’ils sont malades et que le vétérinaire doit leur prélever du sang, ils ne doivent pas être farouches. Sinon, s’approcher d’eux pourrait être difficile.» Un des ordres donnés aux animaux est donc de se placer le long de la grille, en tenant l’oreille dans une ouverture. Étant donné que cette partie du corps est bien irriguée, c’est la plus adaptée pour une prise de sang. Cet exercice est aujourd’hui le seul contact corporel direct entre les soigneurs et les éléphants. «Auparavant, c’était totalement différent», poursuit le soigneur. Cet Allemand de naissance, qui a effectué sa formation de soigneur il y a quarante ans à Berlin, s’occupe depuis trente ans des éléphants du zoo de Bâle. Il a connu de nombreuses évolutions dans le traitement de ces animaux: il était autrefois courant de les maintenir attachés par des chaînes et de laisser des enfants monter dessus. Puis la nouvelle maison des éléphants a ouvert il y a deux ans.

«Au fil des années, nous avons beaucoup appris sur ces grands mammifères.» Ces nouvelles informations ont été prises en compte dans la planification et la construction de la nouvelle installation «Tembea». Les éléphants disposent désormais d’environ 5000 m2, soit un espace deux fois plus vaste que celui qui leur était autrefois dévolu. «Conséquence: ils se retrouvent plus souvent entre eux. C’est un comportement plus proche de celui que l’on observe dans la nature.» Thomas Ruby, qui nourrissait d’abord quelques réticences à ce que les animaux s’éloignent tant, est maintenant très content de leur nouvel habitat. Il dit s’être habitué rapidement aux nouvelles conditions, tout comme Heri, d’ailleurs. Après le dernier ordre, le soigneur jette un morceau de pain dans l’enclos.

Un couple au centre de l’attention

Dans le zoo vaudois de La Garenne, le soigneur Oscar Gillard essaie d’amener deux gypaètes barbus à s’accoupler. Pour cela, il utilise même de la laine de mouton et de l’argile.


Bandana au front, t-shirt et pantalon à poches… Oscar Gillard est paré pour entamer sa ronde au zoo de La Garenne. Le jeune homme est l’un des trois soigneurs animaliers que compte l’établissement. Depuis quatre ans, il veille au bien-être des pensionnaires, notamment des vedettes incontestées du lieu: un couple de gypaètes barbus. Avec leur superbe plumage et une envergure de 2,80 m, ces rapaces n’ont pas fini de fasciner.

Réintroduction réussie

Arrivé il y a deux mois dans la volière de 2000 m2, le duo fait partie du programme européen d’élevage et de réintroduction, auquel La Garenne collabore activement depuis 1972. «En tout, le zoo a produit 26 poussins, tous issus du même mâle», détaille Oscar Gillard. Au début du XXe siècle, l’espèce avait totalement disparu du massif alpin. Grâce à ce programme, il a pu être en partie réintroduit. «Aujourd’hui, on trouve dans les Alpes près de 400 individus, parmi lesquels environ quarante couples», déclare Raoul Feignoux, biologiste du zoo. Les deux oiseaux âgés de 4 ans devraient donc reprendre le flambeau de leurs prédécesseurs, à condition, bien sûr, qu’ils s’entendent. Oscar Gillard est donc aux petits soins avec eux: «Je leur donne des os à moelle recouverts d’un peu de viande.» En effet, les gypaètes se nourrissent exclusivement de charognes. Il leur fournit aussi de la laine de mouton et des branchages pour le nid.

Bains de boue et parade nuptiale
Le soigneur leur aménage en outre un endroit particulier: «Je prépare un bain de boue pour qu’ils puissent faire trempette.» C’est ce qui confère à leur plumage cette belle coloration rousse. «Ce rituel est important lors de la séduction.» Mais pour le moment, seule la femelle s’y est teinté les plumes. «Elle a aussi délimité son domaine dans le nid, alors que le mâle, lui, peine à s’y imposer.» Rien d’inquiétant pour l’instant d’après Raoul Feignoux: «Bien que le gypaète barbu atteigne sa taille adulte au bout de 120 jours, il faut 5 à 7 ans avant qu’il ne prenne ses couleurs nuptiales et qu’il soit sexuellement mature.» Le «roi des Alpes» est de ceux qui aiment prendre leur temps.

Fainéants mais exigeants.

Au zoo de Zurich, ils attirent le public comme aucune autre espèce. Rencontre avec les koalas «Maisy», «Pippa», «Milo» et «Mikey» et avec leur soigneur Philipp Lederle.

Calée sur les hanches de son soigneur, bien accrochée, Maisy affiche un air paisible tandis qu’il pose une fourche d’arbre sur la balance. Elle se laisse installer sur la branche, se tourne vers le soleil et se met à somnoler. «7,7 kg. C’est bien, mademoiselle», lui dit le soigneur, avant de saisir la femelle pour la hisser sur ses hanches. Elle enfonce ses griffes dans son t-shirt. «En hiver, avec un pull, c’est un peu plus confortable», concède-t-il.

Philipp Lederle travaille comme soigneur au zoo de Zurich. Il est le seul en Suisse à s’occuper de koalas. Il passe surtout du temps à les nourrir. Préparer le menu de ces quatre ambassadeurs de l’Australie demande en effet plus d’efforts que pour toute autre espèce du zoo. Tout comme leurs parents en liberté, les koalas zurichois consomment exclusivement de l’eucalyptus, que leur soigneur s’apprête justement à leur fournir. 

Il découpe les rameaux d’eucalyptus, raccourcit les tiges et les pèse. Il les répartit ensuite dans les quatre bacs remplis d’eau et continue ainsi jusqu’à ce que ces derniers soient pleins. Il arrange des bouquets avec la précision d’un fleuriste: «C’est important de former des touffes. Si des tiges sont isolées, elles sont encore là le lendemain, explique-t-il. Les koalas sont paresseux: même pour manger, ils font peu d’efforts.» Maisy, Pippa, Milo et Mikey ingurgitent chaque jour 3 à 4 kilos d’eucalyptus. Philipp Lederle leur en propose quatorze, car ces marsupiaux sélectionnent soigneusement les feuilles et les écorces. «Ici aussi, comme dans la nature, ils sont difficiles en matière de nourriture. Parvenir à une offre suffisante représente un vrai défi», poursuit le soigneur. Des horticulteurs de Zurich, du Tessin et d’Italie cultivent pas moins de dix-huit variétés d’eucalyptus pour le zoo. Le Tessin prend le relais lorsqu’il fait trop froid à Zurich; l’Italie constitue une garantie dans les cas extrêmes. 

Comme de l’urine sur les mains

Philipp Lederle se frotte les mains. «L’une des variétés d’eucalyptus laisse une odeur tenace. Presque comme de l’urine de chat, d’après ma compagne.» Cette dernière, vétérinaire, ne peut toutefois pas s’en plaindre: «Quand elle opère un chameau, elle aussi rentre avec un parfum exotique le soir.» Le soigneur et la vétérinaire vivent par ailleurs avec vingt serpents venimeux. Philipp Lederle, qui possède des reptiles chez lui depuis son adolescence, a toujours voulu devenir soigneur animalier. Lorsqu’il a terminé sa scolarité, il n’existait pas encore de formation en Suisse. Il a alors ­appris le métier de ramoneur, qu’il a exercé quelques années avant de réaliser son rêve en 2010. Depuis l’arrivée des koalas à Zurich l’an dernier, il est Monsieur Koala. Afin de bien les comprendre, il a rencontré des soigneurs en Australie qui lui ont transmis tout ce qu’il faut savoir pour que ses «petits gris» se sentent bien et, dans le meilleur des cas, se reproduisent.

Madame est servie

Les bouquets d’eucalyptus sont maintenant prêts. Philipp Lederle les dépose sur les fourches des arbres dans les enclos intérieur et extérieur. Milo et Mikey continuent à somnoler. Maisy, en revanche, grimpe aussitôt à l’un des arbres, s’assoit cérémonieusement au milieu d’un bouquet et se met à dévorer. Le jeune homme sourit: «Ce n’est pas pour rien qu’elle est la plus lourde des quatre.» Les deux mâles mangeront plus tard, quand il leur plaira. L’important pour le soigneur, c’est que Pippa, la plus jeune du groupe, ait de l’appétit, car elle doit encore prendre un peu de poids. Justement, la voila qui s’installe à côté de son repas. On demande à Philipp Lederle s’il vit au même rythme que ses protégés. «Ça ne déteint pas sur moi», rit-il. En outre, il s’occupe de treize autres espèces, parmi lesquelles des reptiles, des oiseaux et des marsupiaux. Demain, il procédera à une nouvelle pesée et notera quelle quantité ses «petits gris» ont mangé. Et il leur composera de nouveaux bouquets. Et comme d’habitude, son secteur sentira l’eucalyptus, plus fort que dans n’importe quel espace bien-être.

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